Atelier de Yoga, Sophrologie et Psychanalyse Laurence Mouton, à Lille
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Ariel Gio, professeur de Yoga Lille Vauban

Ariel Gio

. Professeur de yoga certifié par la FFY (Fédération Française de Yoga)
et Yoga Alliance US.

. Enseignant à l’Atelier de Yin, de Hatha, de Vinyasa et d’Ashtanga vinyasa.

Mon histoire avec le Yoga

Le yoga représente à mes yeux un chemin sans fin sur le fleuve de la vie où se joignent corps et esprit, baignés dans un océan de conscience. Comme tout chemin, il peut revêtir différentes facettes.

Tel un sentier de montagne, la route du yoga change avec les saisons et la position géographique. Le sol peut en être instable ou pas, et le tracé balisé ou non. Le yoga se vit, véritable méditation où la respiration se mêle à la contemplation jusqu’à parvenir à état d’ouverture, d’unité du corps et de l’esprit qui se transcendent dans l’unicité avec l’univers.

Cependant, lui dresser des lauriers ne serait pas lui rendre service sans préciser au préalable que tout cela n’est valable que pour celui qui en aime profondément l’essence. Conserver la soif d’apprendre, l’état de présence qui caractérise le yoga, me semble possible pour la raison que cette pratique résonne avec ma nature profonde. Du moins, cela m’aide grandement. Il s’agit d’une intention, celle de ne faire qu’un avec l’instant, qui crée une bascule, une jonction, entre une pratique purement physique et une pratique méditative où surgit alors l’unité, la connexion et l’union avec soi, les autres et l’univers.

Dans le yoga, se trouve toute la poésie de la vie.

Ma rencontre avec le yoga

Confucius nous disait : « Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie ».

Au départ, ma rencontre avec le yoga est liée au monde du travail. La vision que j’avais alors de ce dernier me procurait une sensation d’étouffement associée à une angoisse quasi constante. J’avais le sentiment confus, non formulé, de ne pas pouvoir être moi-même, d’être en décalage. Je finis par générer un AVC salutaire dans le sens où il me permit de reconsidérer ma vision du monde, et surtout de me reconnecter avec moi-même.

Grâce à cet accident, je rencontrais une personne merveilleuse, dotée d’une humanité aveuglante, et grâce à qui je franchis la porte de mon premier cours de yoga. Je venais de trouver l’un des meilleurs remèdes à mes maux.

D’abord pratiqué une fois par semaine, puis rapidement deux, j’en arrivais rapidement à me proposer presque tous les matins une séance improvisée où je laissais mon corps décider de lui-même les postures dont il avait besoin. La durée importait peu. Comme dans une méditation j’observais ma respiration, mes sensations de l’instant. Au fils des séances, j’allais de découverte en découverte. Sur ce chemin, une harmonie parfois instable se créait. Peu à peu, corps et esprit s’unifiaient.

Jusqu’alors, jamais l’idée que je puisse être créateur de ma vie ne m’était venue. Pourtant, environ un an après ma rencontre avec le yoga, je quittais mon travail dans l’intention d’écrire, et il y a pour moi un parallèle intéressant entre cette activité et le yoga que plus tard je me décidai à enseigner.

Enfin, je commençais à respirer. Une respiration complète du corps et de l’âme.

La respiration : une ouverture du corps et de l’esprit

L’un des aspects que j’aime par-dessus tout avec le yoga, c’est l’attention portée, à l’instar de la méditation, à la respiration. Longtemps, la mienne fut inversée et débutait au niveau des clavicules. De là, elle pouvait descendre progressivement jusqu’au ventre. Le plus souvent, cependant, elle restait haute. Le yoga m’a aidé à réapprendre à respirer. Ce fut un long chemin, dont le sentier se poursuit encore aujourd’hui, avec tous les changements que cela implique.

Physiquement d’abord. Avec la pratique, en utilisant ou non les bandhas, je découvre progressivement de nouvelles zones dans lesquelles il est possible de respirer. C’est le cas dans les torsions, notamment, où l’inspiration permet en écartant les côtes sur les côtés et à l’arrière, de créer un nouveau confort en augmentant la capacité respiratoire. De même lors des flexions arrière, qui déploient la cage thoracique. La répétition des postures dans le temps a un effet boule de neige sur le corps qui s’ouvre, ce qui facilite alors le travail de respiration.

Cela est d’autant plus intéressant qu’il devient possible de jouer avec le souffle aussi bien pendant que hors des séances de yoga, dans des situations de la vie quotidienne, en passant d’une respiration naturelle, à complète ou abdominale en fonction des besoins de l’instant. Pour plus de calme, j’opterai pour cette dernière. En cas de conflit inévitable, j’envisagerai Ujjayi.

De là, découle l’une des premières observations apportées par ma pratique du yoga : mon attitude, mes émotions et mes pensées sont intimement liées à la manière dont je respire. Tous ces éléments sont interconnectés. Ils ne font qu’un. La portée de cette découverte fut significative et change la perception que j’ai de moi-même. Aller voir du côté de mes émotions m’informe sur la nature de mes pensées, et inversement.

Après avoir si longtemps « manqué d’air », je trouve dans la respiration un épanouissement et un sentiment d’intense bien-être, voire d’extase, sans cesse renouvelé. Ainsi, une harmonie émotionnelle s’installe.

Le yoga, en véritable miroir, permet à travers la respiration une réalisation de cette union du corps et de l’esprit. Cela amène à un autre aspect que le yoga partage avec la méditation : la contemplation.

Le yoga : un miroir vers soi

Si le yoga est une méditation dont le cadre dépasse celui des asanas, celles-ci demeurent pour moi un outil exceptionnel dans le sens où elles deviennent alors une métaphore, une vue au microscope, de la vie elle-même. Il s’agit d’un véritable miroir qui permet une découverte profonde de soi et ouvre la porte à une transformation intérieure. Ainsi, la pratique du yoga conduit naturellement à une évolution du mental qui accompagne celle du corps et de l’esprit.

Contempler le miroir, étudier ce reflet de l’être, peut se révéler perturbant. Il expose aussi bien la beauté que son pendant de l’ombre. Là encore, il s’agit d’un chemin. Le processus d’observation, d’apprentissage, se produit au fil du temps et prend pour moi souvent la forme d’un ou d’une succession d’éclair de lucidité. Ainsi, je remarque une similitude entre mes réactions lors de la pratique du yoga et des situations de la vie quotidienne. Modifier mon approche pendant la pratique des postures se propage au reste de la vie. L’inverse est aussi vrai.

Au début, certaines postures m’effrayaient, comme Sirsasana (la posture reine) ou Adho Mukha Vrksasana (la posture de l’équilibre sur les mains). Dans d’autres, notamment une variation de Baddha Konasana (posture du papillon ou du cordonnier), j’éprouvais une sensation de malaise. À l’inverse, Matsyasana (posture du poisson) m’a immédiatement procuré un sentiment de plénitude et de joie. Me confronter à ces postures m’a non seulement permis d’y trouver du confort, mais aussi de gérer des situations émotionnellement similaires en dehors de la pratique. Les outils restent les mêmes : une attention portée à la respiration et une contemplation du corps et des pensées. Avec le temps, les peurs se dissolvent et une harmonie avec soi-même peut s’installer.

Ainsi, selon moi, l’une des nombreuses beautés du yoga est qu’il permet de saisir le lien entre corps et esprit. L’unicité de l’un et l’autre devient alors une évidence. Ouvrir son corps, c’est ouvrir son esprit. De même, assouplir son corps, c’est assouplir son esprit. Chose que les yogis de longue date ont compris depuis bien longtemps. Et en étant à l’écoute non seulement pendant la séance, mais aussi après, d’autres phénomènes se manifestent.

Le yoga développe les sens et la connexion avec l’univers

Il m’est difficile d’articuler de manière cohérente les multiples expériences qui jalonnent jusqu’à présent ma pratique du yoga. La raison en est simple : elles se produisent de manière spontanée. L’analogie du chemin permet d’exprimer ce ressenti. En marchant, je peux à un moment donné être captivé par un nuage et passer à côté des splendeurs végétales qui m’entourent. De plus, en fonction des jours, la lumière sera différente, mettant en relief différents détails qui vont alors sauter à mon attention ou sur lesquels je vais au contraire glisser. Pour moi, il s’agit d’un processus normal. Jusqu’à aujourd’hui, c’est ainsi que je fonctionne.

Ce que je remarque, c’est que l’ouverture du corps et de l’esprit s’accompagne d’une plus grande sensibilité au monde qui m’entoure. Mes émotions sont plus fortes, mes sens plus développés, de même que ma libido, et ma perception des autres me semble plus aiguë aussi. Ainsi, au sortir d’une séance, il m’arrive souvent de sentir des odeurs qui auparavant m’échappaient et, de manière générale, mon goût s’est grandement développé. J’ai aussi plus finement et plus facilement conscience de mon corps d’un point de vue musculaire, articulaire ou émotionnel. Par ce biais, une symbiose s’installe alors avec moi-même.

En parallèle, d’autres phénomènes moins facilement exprimables se produisent, tel que l’apparition de couleurs pendant ou après une séance, l’effritement de la barrière entre mon corps et l’extérieur jusqu’à avoir l’impression que cette frontière disparait. Parfois aussi, la sensation de disparaître totalement dans quelque chose d’autre où la pensée n’existe plus, où je ne sais plus qui je suis. Dans cet endroit, les sens eux-mêmes n’existent plus, du moins pas dans l’acceptation habituelle du terme.

Tous ces phénomènes ne se produisent pas à chaque séance, ni avec la même intensité.

Le yoga et les blessures

Je l’ai dit, pour moi, le yoga est un chemin sans fin où se joignent corps et esprit, baignés dans un océan de conscience. Comme une méditation, il est une voie vers la découverte et la connaissance de soi. Et parfois, cette voie passe par des blessures. J’ai pu en faire l’expérience. La raison en est variable, un manque d’écoute de mon corps, une volonté d’aller trop loin dans les postures, ou encore l’ignorance de la posture ou de moi-même.

J’accueille ces blessures les bras grands ouverts, avec l’envie de les sublimer. Ainsi, je vois en elles une opportunité d’apprendre à mieux me connaître, ainsi qu’à corriger mes postures. Ces blessures m’en disent beaucoup sur moi, sur la manière dont je pratique.

Récemment, j’ai eu une douleur névralgique intercostale. Les flexions avant étaient douloureuses, tout comme les flexions arrière, les torsions et bien entendu, toutes les postures qui demandaient de mobiliser les pectoraux, ce qui inclus une bonne partie des inversions, ne serait-ce que parce qu’il m’était impossible d’entrer dans ces postures. Pour ne rien arranger, la respiration complète était douloureuse. Pourtant, cette expérience fut bénéfique. Adapter ma pratique à ce que je pouvais faire, m’a ouvert tout un champ d’opportunités et d’expérimentations. Une autre manière de pratiquer s’est imposée, différente, avec des ajustements et des postures autres, qui m’ont permis de comprendre comment et pourquoi j’avais généré cette blessure.

Et en cadeau, je pourrai à présent faire profiter de cette expérience de futurs élèves susceptibles de rencontrer ou ayant déjà un problème similaire.

Tout vient avec la pratique

Avec le yoga, chaque jour est une porte ouverte vers une nouvelle découverte, une nouvelle compréhension qui parfois dédit une impression auparavant fermement ancrée. En l’espace d’une séance, s’ouvre un champ de possibilités infinies où, à force de répétition, il devient possible de saisir quelque chose, de démêler un fil auparavant invisible et insidieusement noué.

C’est ce fameux « Eurêka » d’Archimède, mais un eurêka qui nous tombe sur la tête à la manière de la pomme d’Isaak Newton.

Ainsi, il est possible de pratiquer régulièrement une posture jusqu’à ce qu’un jour sans prévenir, dans un moment d’épiphanie, l’indicible se produit et une compréhension nouvelle s’ajoute à la précédente. La route est infinie. C’est pour moi l’une des plus grandes beautés du yoga.

Voici un exemple.

Un jour, je pratiquais une séance d’Ashtanga vinyasa. J’étais chez moi, seul, et j’avais débuté la séquence de fin quand je passai à la posture Sarvangasana (posture de la chandelle). Après quelques respirations, j’éprouvai tout-à-coup la sensation que plus aucun espace ne reliait mes poumons à mes narines, comme si ceux-ci étaient directement connectés l’un à l’autre sans passer par le larynx ni la trachée. S’ajoutait l’impression que cet espace situé au niveau du chakra de la gorge, était totalement ouvert. J’observai mes poumons s’emplir d’oxygène lors d’inspirations qui semblaient ne plus avoir de limites. Je dépassai largement le minimum recommandé d’une quinzaine de respiration. En fait, je voulais rester ainsi et m’autorisai ce moment hors du temps, habité par la sensation de plus en plus prégnante qu’intérieur et extérieur se confondaient et s’unifiaient.

Lorsque je bougeai, ce ne fut pas pour passer directement en posture de Halasana (posture de la charrue), mais pour demeurer un moment allongé sur le dos, véritablement transporté d’extase. J’éprouvai une joie intense ainsi qu’un grand soulagement, comme si soudain j’étais libéré d’une douleur psychique dont je n’avais jusqu’alors pas conscience. Je vis des couleurs. Du violet, du bleu, du vert et du blanc.

Cette expérience est un exemple de ce que je peux ressentir en pratiquant le yoga. Chaque séance est une porte ouverte sur l’inconnu, et c’est parfois lorsque je me sens le moins d’énergie, que je ressens les choses le plus pleinement. En outre, j’avais aussi eu l’impression de respirer plus que d’ordinaire. Une respiration ample, dénuée de toute entrave. Pourtant, avant cette Chandelle (Sarvangasana), j’avais déjà la sensation de respirer profondément. Que s’était-il passé ?

La séance suivante, Sarvangasana ne me procura pas le même sentiment d’extase, mais la respiration, l’impression d’avoir des poumons d’une taille infinie, perdura, bien qu’avec une intensité différente. Surtout, ma compréhension de la posture avait changé. Par exemple, le mot de « respiration », n’avait plus la même signification qu’auparavant.

Depuis que j’ai débuté le yoga, ce type d’expérience se reproduit régulièrement.

Les avis changent avec le temps et l’expérience. Ce qui pour moi est vrai aujourd’hui ne le sera pas forcément demain, ou du moins pas de la même manière. Avec la pratique, de nouveaux éléments viendrons peut-être s’ajouter aux actuels, transformant alors ma vision du yoga. En ce sens, tout ce qui précède n’est vrai que pour cet instant. Demain, tout à l’heure même, ma compréhension aura peut-être changé et je relirais alors ce texte pour ce qu’il est : une étape, un chemin qui pour moi n’a pas de fin et revêt d’autres aspects que le yoga.

En ce sens, je peux évoquer la psychothérapie ainsi que l’écriture, qui sont aussi pour moi une méditation et un moyen de me découvrir. Dans toute activité, il est possible de trouver cette poésie qui caractérise le yoga et de naviguer sur le fleuve de la vie, corps et esprit unifiés dans cet océan de conscience qu’est l’univers.

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