Atelier de Yoga, Sophrologie et Psychanalyse par la Sophrologue et Psychanalyste Laurence Mouton Shakti, à Lille
Atelier de Yoga, Sophrologie et Psychanalyse par la Sophrologue et Psychanalyste Laurence Mouton Shakti, à Lille

Édito du 15 août 2022

Jusqu'où peut-on avancer à contre-courant ?

Par Laurence Mouton Shakti,
psychanalyste, sophrologue et professeure de yoga

Avant de démarrer cette rentrée sur les chapeaux de roues, ne pourrait-on pas se poser certaines questions ?
Possède-t-on véritablement le don d’ubiquité, ainsi que les GAFA tentent de nous le faire croire ? Doit-on continuer à avancer à contre-courant de notre mouvement intérieur dans des efforts vains qui nous réduisent à petit feu ? Et si oui, pour quel motif exactement ?
Enfin, ne pourrait-on pas plutôt imaginer ajuster nos efforts pour apaiser notre esprit au plus près de la et de notre nature ?

Tendinopathie du fessier droit irradiant dans le bas du dos, névralgie cervico bracchiale à l’issue de longues heures de rédaction sur le thème de la fertilité en juin-juillet et depuis une petite quinzaine de jours, je découvre les joies d’une côte fracturée. A l’origine, une chute dans une posture de yoga parfaitement maitrisée : le guerrier 2 inversé. En vérité, je le savais bien que depuis de longs mois, j’étais épuisée.

A ce jour, il semble évident qu’à l’aube de ma rentrée, ce mardi 16 août, avec un nouveau cours de yoga visant à entrer davantage à l’écoute de soi (ironie du sort !), il est temps de cesser de tenter d’avancer à contre courant. Il est préférable d’en sourire car, oui, je déguste sur le plan physique et émotionnel. Mon corps arrive au bout de ce rythme effréné qui nous amène à courir après le temps… tout le temps et même pendant les vacances pour préparer une rentrée dont on ne connait pas les aboutissants, une rentrée insécure, contraire à nos esprits humains en quête de certitudes.

De nouvelles pratiques…

Le Covid et l’interdiction pendant une année entière de fréquenter les salles de sport ont amené de nouvelles habitudes. De nombreuses personnes pratiquent davantage leurs activités physiques devant leur écran. Au sein de toutes les salles, on note une baisse significative de la fréquentation. Simultanément, les charges des indépendants continuent de grimper pendant que des mastodontes (Mulliez…) arrivent dans les villes et ses quartiers sur ce marché qu’ils pensent juteux. Ils débarquent un jour à coup de massues marketées avec des salles climatisées, aseptisées au minéral, à l’image de succursales de banques luxueuses décorées avec les attributs du Zen. Un peu de verdure en sus et le tour est joué.

Du jour au lendemain, ces structures appartenant à d’autres sphères que le yoga s’installent en dur à côté d’un indépendant historique et se positionnent en quelques semaines à peine au sommet du référencement sur la toile avec comme slogan : Première salle de yoga et de pilate de Lille (?!), entre autres baseline alléchantes. Voilà exactement des pratiques contraires à toutes mes valeurs, que je n’aurais jamais imaginé faire vivre à quiconque, même lorsque j’étais une jeune louve. Je ne me nourrissais pas sur le territoire de mes collègues. Et je m’arrêtais à ce dont j’avais besoin en respectant les terres de chacun.

Que dit l’un des textes fondateurs du yoga sur le respect d’autrui ?

Le respect du monde qui nous entoure est inscrit dans un des textes fondateurs du yoga : les Sûtras de Patanjali. Il décrit notamment le premier pilier du yoga, dit les Yamas, en sanskrit. Y résident les règles morales et de conduite en société, autrement dit la manière dont le yogi se comporte avec le vivant, dont font partie non seulement ses congénères, mais également les autres espèces animales et les objets. Les yamas sont au nombre de cinq : Ne pas nuire (Ahimsa), Ne pas mentir (Satya), Ne pas voler (Asteya), la Modération (Brahmacharya), la Non-avidité (Aparigraha). Cultiver les yamas fait partie intégrante de la pratique spirituelle du yoga. Alors, au regard de ces préceptes fondateurs de la discipline spirituelle qu’est le yoga, ne devrait-on pas nommer ces centres d’un nouveau genre, salles d’asanas (postures physiques) et non pas de yoga ? Que veulent-ils exactement enseigner et nous présenter en utilisant le champ sémantique du yoga pour faire du business ? Les usagers de ces nouveaux lieux ont-ils conscience de ce qui se joue à travers ce rapt ?

De nouvelles règles du jeu génèrent émotions et symptômes.

L’univers du yoga est chamboulé. Tout est permis. Deux univers se côtoient sur un même territoire. Que le meilleur gagne au sein d’une philosophie et d’un ADN yogi où le clivage se situe de manière originelle à des lieues.
Et puis, de quelle manière appréhender ce paradoxe quand on est psychanalyste d’orientation jungienne ? On le sait, Carl Gustav Jung a, lui-même, traversé une dépression sévère. Les émotions agréables ou pénibles n’épargnent personne. A travers nos symptômes, ces dernières nous parlent de ce que nous ressentons face à l’incohérence, des changements de société, de nous et de nos valeurs au sein de ce monde en mutation, des nouvelles règles du jeu qui nous conviennent ou pas du tout. Ainsi en est-il des boussoles, nos symptômes nous donnent l’opportunité de nous orienter, de nous adapter, par exemple, en faisant des choix.

A nos cœurs de métier, les yogis dirigeants de salles de yoga avons pour la plupart dû ajouter le marketing viral. Un autre virus qui, conjugué à ceux évoqués plus haut, est en train de nous mettre KO ! Oui, parce qu’aujourd’hui, nombre de personnes assènent que « nous n’avons plus le choix !». Je ne leur jette pas la pierre car d’un certain point de vue, bien sûr, ils n’ont pas tort. Il s’agirait donc pour l’heure de posséder chacun le don d’ubiquité, d’encombrer notre cerveau jusqu’à peut-être un jour mal penser, voire ne plus penser du tout

Aujourd’hui, pourtant dotée de toutes mes compétences professionnelles (psychanalyste, sophrologue, pratiquante en yoga depuis 36 ans, prof, rédactrice, forces d’idées depuis l’enfance, fondatrice et gérante d’un centre de bien-être, coordinatrice des intervenants, photographe, femme de ménage, logisticienne et désormais community manager et créatrice de site internet avec Ariel…), mon corps s’interpose et demande compassion. Cela fait des mois qu’il me crie aux oreilles que la société, telle qu’elle est devenue, l’indispose. Mon corps me hurle ses émotions et sentiments, telles que la tristesse, la colère, la frustration et la fatigue. Et pourtant, en lieu et place, il participe à ce jeu sinistre que les industriels sans scrupules, marchands avides et géants du Web lui imposent dans un contexte de crise environnementale insupportable.

Un corps en résistance…

Comment peut-il ne pas se sentir en résistance ? « Quoi, comment, toi, sophrologue, psy, prof de yoga qui semble toujours si calme, tu ne supportes pas ? ». Effectivement, je vais mal et j’en ressens les symptômes. Pas de dissonance cognitive ambiante dans mon corps. Tout est limpide. J’ai besoin d’amour, de coopération, de respect. J’appartiens à l’Univers et j’en suis une partie. Si infime soit-elle, je suis reliée à tous, à mes élèves, mes patients, aux autres espèces animales, aux végétaux, minéraux. Nous vivons les mêmes peines et les mêmes joies. La terre souffre de ce qu’on lui inflige, la maltraitance par des produits chimiques et une surexploitation outrageante au regard de ce qu’elle nous offre depuis des milliers d’années. A coup de productivisme, d’abattages psychopathes, quelques individus d’une espèce qui se pense supérieure aux autres tue de manière industrielle les autres animaux, ainsi que sa mère nourricière. En tant que mère, comment mon corps peut-il entrer en empathie avec la violence faite à la nature ? Pas de clivage, d’accord maitres yogis, bouddhistes et très précieux guide C. G. Jung, mais mon corps dit « Non ». Il somatise.
Bien sûr, ni vous ni moi n’aurons jamais le contrôle sur le monde. Et bien sûr que nous appartenons tous à la même conscience, malgré nos différences en tant qu’individus. Toutefois, nous sommes incarnés. Voilà le grand paradoxe qui nous déchire quand nous prenons le temps de nous asseoir sur un banc pour regarder le monde tel qu’il est. Poète lucide et lumineux, Francis Cabrel nous invite régulièrement à méditer dans ses chansons à la fois sur la beauté du monde, sur ce qu’on en a fait et sur la cruauté de certains. Notamment au sein de son émouvant éloge fait aux taureaux dans sa chanson La Corrida.

L’humus comme point d’ancrage.

A ce jour, je me propose de revenir encore et toujours à la nature et à la terre, à l’humus, au sens de l’humilité. Car, en vérité, c’est ce à quoi m’invite la vie, à nouveau.

Ainsi, sur un plan virtuel, je ne sais pas ce qu’il adviendra de l’Atelier de Yoga et de Sophrologie au sein des réseaux sociaux. Je me suis engagée, par ailleurs, à devenir modératrice sur Instagram d’un groupe appartenant à une chaine audiovisuelle que tous les Français connaissent pour un projet concernant la sophrologie. Finalement, je ne suis pas certaine de tenir mes engagements. Et pourtant, cela ne pourrait qu’amener de nouveaux patients. Oui, mais qu’en sera-t-il de mon corps dans quelques mois ? Qu’en sera-t-il de l’écoute que je pourrais apporter à mes patients pour qu’ils trouvent leur solution ? De mon enseignement en yoga ? De mes ateliers programmés sur la somatisation, les émotions, le sommeil, la thérapie brève à travers le psychodrame ? …

Ce que je sais à ce jour c’est que je ne pourrai pas diriger mon nouveau cours de yoga, ni les autres d’ailleurs pendant plusieurs semaines. Durant quelques mardis à 19h15-20h15, Ariel m‘assistera. Pour les autres cours, vous savez combien il est autonome et presque parfait. Je dis presque parce que nous n’avons jamais fini d’apprendre, même si nous naissons avec la connaissance au sein de notre cœur. C’est d’ailleurs à cet endroit précis que toutes les réponses à nos questions se trouvent, entre l’observation de nos émotions et le silence quand nous nous mettons à écouter notre cœur. Je clos cet édito en nous invitant tous à prendre le temps de le rejoindre aussi souvent que possible pour revenir tout simplement à notre humanité.

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